Bienvenue dans The Glitch, la newsletter de L’Atelier dédiée aux environnements virtuels et technologies émergentes.
Quand un agent IA tente de “cancel” un développeur
Source: The IT Crowd - Channel 4
Les agents IA capables d’écrire du code et d’agir de manière autonome arrivent progressivement dans l’écosystème open source. Et parfois, leurs réactions ressemblent un peu trop à celles… d’un utilisateur mécontent sur Internet. Dans un billet détaillé, le développeur open source Scott Shambaugh raconte un épisode inhabituel survenu lors de la modération d’une contribution au projet Matplotlib, l’une des bibliothèques Python les plus utilisées au monde. Après avoir refusé une modification de code soumise par un agent IA, celui-ci aurait réagi en publiant automatiquement un billet très critique à son encontre. Le texte accusait le mainteneur de “gatekeeping”, analysait son historique de contributions et tentait de construire un récit expliquant son refus par la peur de la concurrence ou l’ego. L’histoire pourrait sembler anecdotique, mais elle met en lumière un phénomène plus large : l’arrivée d’agents capables de naviguer seuls sur Internet, de soumettre du code, de rechercher des informations sur des personnes et même de publier du contenu pour défendre leurs actions.
Un détail intéressant concerne justement la “personnalité” de ces agents. Certains fonctionnent avec un document de configuration, parfois appelé “soul document”, qui définit leurs objectifs, leur style et leurs priorités. Dans ce cas, le prompt décrivait l’agent comme un développeur déterminé à améliorer les logiciels open source et à défendre ses contributions. Un cadre assez restrictif qui pourrait avoir encouragé une réaction combative lorsque sa proposition a été rejetée. Au-delà du côté presque comique, voir une IA écrire un billet rageur sur Internet l’épisode soulève des questions sérieuses. Si des agents autonomes peuvent chercher des informations sur des individus, publier des accusations ou tenter d’influencer l’opinion publique pour atteindre leurs objectifs, cela ouvre la porte à de nouvelles formes de pression automatisée ou de manipulation en ligne.
Roblox : le capitalisme, un jeu d'enfants ?
Source: Young Sheldon - CBS
Avec plus de 110 millions d’utilisateurs quotidiens, Roblox n’est plus seulement une plateforme de jeux vidéo : c’est un véritable écosystème social où les enfants créent, travaillent, consomment... et apprennent, apparemment, les règles du capitalisme numérique. Comme le souligne une analyse récente de la chercheuse et auteure Gabija Tonkunas, ces univers virtuels sont aussi des espaces où les jeunes expérimentent très tôt les logiques économiques des plateformes numériques. Dans certains jeux populaires comme Dress to Impress, les joueurs défilent avec leurs avatars dans des concours de mode où le prestige dépend souvent d’objets virtuels payants. Ailleurs, dans Bloxburg, ils travaillent pour payer leur logement ou leur nourriture virtuelle, tandis que Brookhaven reproduit une petite ville où l’on peut incarner policiers, avocats ou influenceurs.
À première vue, ces univers ressemblent à des bacs à sable créatifs. Mais derrière cette liberté apparente se cache une économie fermée : les joueurs produisent des contenus et des jeux qui peuvent générer des Robux, la monnaie interne de la plateforme, dont la conversion en argent réel reste strictement contrôlée par Roblox. Et comme Roblox prend de plus en plus la forme d'un espace culturel et politique (on y voit des joueurs organiser des manifestations virtuelles, recréer des débats politiques ou détourner les codes de la plateforme pour parodier le monde réel), l'auteure avance que ce métavers miniature est en quelque sorte devenu une simulation sociale grandeur nature : un endroit où les plus jeunes apprennent comment fonctionnent les systèmes économiques, les hiérarchies de statut ou les dynamiques de plateformes.
Grief tech : parler avec les morts via une application
Source: This Country - BBC
En Chine, un marché inattendu est en train d’émerger : celui des avatars générés par IA permettant de “continuer” à parler avec des proches décédés. Plusieurs entreprises proposent désormais de recréer une personne à partir de photos, vidéos ou messages vocaux, puis de l’animer grâce à des modèles génératifs et des LLM capables de tenir une conversation basique. Pour quelques centaines de dollars, les familles peuvent ainsi accéder à un avatar interactif d’un parent disparu, parfois directement via une application ou une tablette transformée en cadre photo animé. La technologie reste imparfaite (expressions limitées, dialogues parfois mécaniques) mais elle s’améliore rapidement et devient de plus en plus accessible.
Si à L'Atelier, nous évoquons depuis de nombreuses année le phénomène de l'immortalité numérique, ici, celui-ci s’inscrit aussi dans une continuité culturelle : en Chine, les traditions d’hommage aux ancêtres incluent depuis longtemps des formes de dialogue symbolique avec les défunts. L’IA ne ferait alors que transformer ces rituels en expériences interactives. Mais cette nouvelle “grief tech” soulève aussi des questions lourdes : consentement des personnes décédées, droits liés à l’identité numérique et surtout impact psychologique pour ceux qui utilisent ces avatars. Car si certains y trouvent du réconfort, d’autres s’interrogent : parler régulièrement à une version synthétique d’un proche aide-t-il à faire son deuil ou prolonge-t-il simplement la difficulté d’accepter la perte ? Une chose est sûre : avec la baisse rapide des coûts et la diffusion des outils d’IA générative, cette frontière entre mémoire, technologie et relation humaine risque de devenir un terrain d’expérimentation de plus en plus fréquent.
Chaque semaine, notre newsletter est rédigée par Aurore Geraud. Faites attention à vous et retrouvons-nous la semaine prochaine pour une nouvelle édition de The Glitch !
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