Alors que tout semblait plié pour les DVD et Blu-ray, la Génération Z fait exactement l’inverse de ce qu’on attendait : elle remet des disques dans les lecteurs. À Vidiots, temple cinéphile d’Eagle Rock, janvier 2026 a été le plus gros mois de l’histoire du magasin, avec 170 films loués quotidiennement et jusqu'à 500 locations en une seule journée. Et ce n’est pas qu’une anecdote nostalgique. Après des chutes de plus de 20 % en 2023 et 2024, les ventes de supports physiques (DVD, Blu-ray) n’ont reculé “que” de 9 % en 2025. Et ce retour au tangible dépasse le cinéma : les Gen Z ressortent également les iPod ! Alors que l’appareil qu’Apple a été arrêté en 2022, les recherches Google pour les iPod Classic et Nano ont bondi en 2025 (+25 % et +20 %) et les ventes reconditionnées progressent d’environ 15 % par an.
On voit donc les retombées économiques de la tendance du retour au physique, né ces derniers mois (ces dernières années ?!) de la profonde lassitude de la Génération Z concernant notre rapport aux technologies. Cette lassitude est entretenue par la fatigue des abonnements multiples (la fameuse subscription fatigue) et des catalogues pouvant disparaître du jour au lendemain au gré des arbitrages financiers d’un studio. La fatigue aussi des notifications permanentes : l’anti-notification devient un luxe, presque une hygiène mentale. Certains avancent également l’argument écologique (serveurs énergivores, obsolescence des appareils) pour justifier ce ralentissement volontaire. Nous évoquions, par exemple, en octobre dernier le rassemblement S.H.I.T.P.H.O.N.E à New York, qui encourageait ses participants à brûler symboliquement leurs iPhones et iPads devant un Apple Store.
Et puis il y a la dimension politique. Lorsque certaines plateformes financent des campagnes conservatrices, soutiennent Donald Trump ou adoptent des positions perçues comme hostiles aux droits LGBTQI+, se tourner vers des objets hors plateforme devient un geste de retrait, voire de résistance. Ce rejet des plateformes s’inscrit d’ailleurs dans un mouvement plus large. Partout dans le monde, la Génération Z descend dans la rue contre la corruption, les élites économiques et l’instabilité sociale, du Népal à la Serbie en passant par les Philippines. Des chercheurs de la Harvard Kennedy School montrent que les mobilisations avec une forte participation des jeunes ont plus du double de chances d’aboutir. Cette “éveil politique global” ne vise pas seulement les gouvernements : il s’étend aux grandes entreprises, aux plateformes et aux infrastructures numériques perçues comme opaques, extractives ou politiquement alignées.
Quitter un abonnement, désactiver des notifications ou revenir à des objets hors ligne devient alors le versant domestique d’une même dynamique : reprendre du pouvoir économique, attentionnel et démocratique dans un système jugé saturé et inégalitaire.